Rencontre avec Yann Nédelec, manager de Hocus Pocus.
La rencontre avec Hocus Pocus :
D'une part nous sommes tous originaires de Nantes, d'autre part à l'époque, après avoir tenté de faire le DJ ou le MC – j'ai vite compris que cela n'était pas pour moi –, j'ai commencé à manager des groupes locaux sur des petits événements comme des concerts de MJC et à faire de la radio. J'avais donc une bonne connaissance de la scène locale, je savais ce qu'il s'y passait. Un jour, Hocus Pocus s'est présenté devant moi et ils avaient du talent. J'ai d'abord commencé à travailler avec 20Syl en tant que producteur et BeatMaker, au même moment, je montais vivre à Paris. Là, j'ai commencé à démarcher avec ses instru sous le bras des projets nationaux et de plus grande envergure. De fil en aiguille, les choses se sont passées assez naturellement, je suis devenu le manager de Hocus Pocus.
Définition et fonction du manager :
Sur Hocus Pocus, c'est assez particulier : c'est une histoire de potes, assez familiale, qui a grandit doucement et du coup j'en suis devenu le manager un peu par défaut, au fil du temps. Quand il a fallut sortir le disque je suis devenu producteur, quand il a fallut aller chercher les droits, je suis devenu éditeur, j'ai incarné beaucoup de rôle. Ça n'est pas du 360° mais au moins du 720° !
Sinon plus généralement le management consiste à conseiller un artiste sur des choix d'image, de stratégie, de développement de carrière, à intervenir dans les négociations sur les contrats de disque, prospecter pour trouver un tourneur, bref faire en sorte de réunir l'ensemble des acteurs nécessaire au développement d'une carrière artistique.
La qualité principale d'un manager ?
Ne pas compter son temps ! Savoir être présent à tout moment.
En quoi, cela diffère du coach artistique ?
Vu de ma place ça fait très StarAc, c'est à dire quelque chose qui mélange l'image et la direction artistique, un peu de coaching vocal. Ça n'est pas mon rôle, je travaille avec des artistes qui ont déjà une identité artistique forte et sur laquelle je viens simplement en renfort. Si je passe du temps en studio avec eux, je n'y suis pas en permanence. Je peux donner mon avis, mais je n'ai pas le dernier mot. Surtout je pose les questions afin qu'émerge la pertinence du propos, « à qui tu t'adresses » par exemple et de là ce qui en découle : que représentes-tu ? Comment vas-tu t'habiller ? Etc. Je ne façonne pas l'artiste, je l'accompagne.
Peut-on faire ce métier sans aimer la musique ?
Non, il faut de la passion. La plupart des contrats sont assis sur 15 % des rémunérations, avec le disque qui ne se vend plus, la lourdeur des tournées à organiser, tout ce qu'il y a faire, il faut aimer ça. Mon cas cependant est un peu particulier puisque je ne suis pas que manager, mais aussi producteur et éditeur.
Aux États-Unis la fonction est plus développée, il n'est pas rare de voir plusieurs managers pour un artiste se partager les rôles : personal manager, tour manager, general manager... d'autant que le terme en anglais est ambigu, et de cette ambiguïté naît la multiplicité des rôles que tu dois endosser.
Un manager n'est-il pas l'interface entre l'artiste et le réel ? Un rapport de nounou ?
Bien sûr ! Mon surnom c'est Papa Yann ! Quand tu prends un groupe en management en début de carrière, tu vas occuper tout les postes, au départ il n'y a pas les moyens de payer un régisseur, alors tu le fais toi même. Plus tard, tu t'occupes de sa déclaration d'impôts, du merchandising. Aujourd'hui, comme l'ère du disque-roi, le disque-rente est terminé, il est essentiellement un support aux passages radio, aux tournées, les concerts privés... le rôle du manager est devenu extrêmement central.
À propos des formations pour devenir manager ?
Il y en a des très bonne, ayant moi-même postulé pour une d'entre elles , comme celle de l'Irma ou celle du CEP de Nanterre, j'ai aussi eu des stagiaires issus de ces cursus. Il est normal dans une logique de professionnalisation que ces formations existent, même s'il y aura toujours un décalage.
D'un point de vue financier ?
Sur Hocus Pocus, c'est un peu curieux. Je suis leur manager de fait, mais comme on ne s'est pas vu grandir, ma rémunération a toujours été un cachet lors des concerts, sinon je ne me rémunère pas, ils ont de la chance ! Dans le futur ça va changer. Sinon, étant donné que la profession de manager n'existe pas, on oscille entre agent artistique et tourneur, le pourcentage de plus en plus généralement admis est de 15 %.
Propos recueillis par Yan Pradeau