Concerts

16/06/2012 | MILLY-LA-FORÊT

Vincent Provini de FIP

Vincent Provini par Yan Pradeau

Entrevue avec Vincent Provini, programmateur à FIP.

Combien êtes vous de programmateurs ? :

Vincent : Nous sommes 6 programmateurs qui travaillons sur un planning tournant qui diffuse en direct de 7h00 à 23h00 tous les jours, sauf le dimanche où c'est une rediffusion. Avec des tranches de 3 heures par programmateur et par jour.

Comment se passe la programmation ? :

Vincent : C'est simple, voire trop simple ! Nous n'avons ni playlist, ni passage obligé, exception faite de la sélection FIP de la semaine, qui est décidée en réunion. Nous recevons de la part d'attachées de presse, de maisons de disques, des albums, mais notre travail est de ne pas s'arrêter à ça, par nous même nous allons chercher autre chose. Je sors beaucoup en concert à droite à gauche pour aller écouter ce que cela donne sur scène. Exemple de Monsieur Pierre que j'ai découvert comme ça, et qui fait de la musique brésilienne en français. Je l'ai diffusé !

De plus, n'ayant pas de politique de single, on écoute un disque sur sa globalité, d'où qu'il vient et quel que soit son style. Ce qui fait notre force, c'est de pas avoir de contrainte et de diffuser que ce que l'on aime.

Quels sont tes critères de programmation ? :

Vincent : Aussi bien AC/DC que de la musique classique, mais pas Mireille Matthieu. Ce qui justifie notre programmation, c'est l'enchaînement. Non le titre en lui même, mais ce qu'il évoque, ce qu'il y a avant, après. Un beau titre pour moi, c'est un titre qui va m'évoquer autre chose. Je ne mets pas un disque pour le mettre, ça va faire comme un pavé au milieu du truc. C'est complétement dans l'esprit DJ, sauf que on ne s'adresse pas un public devant soi, mais des auditeurs, à qui on essaye de raconter une histoire avec un format qui est celui de FIP, où l'on trouvera aussi bien AC/DC que Presque Oui., suivi de Souad Massi. Cet enchaînement semble évident.
 
Quel est le profil de l'auditeur de FIP ? :

Vincent : D'après les études, et les témoignage que l'on a eu lors de 40 ans de la station, c'est un auditoire CSP++, des gens qui nous écoutent de manière viscérale, du matin jusqu'au soir et qui n'est jamais fermé, c'est un auditeur curieux et réceptif.

Donc, un titre d'abord refusé, peut être diffusé plus tard ? :

Vincent : Complétement, selon l'enchaînement, tout l'intérêt de ne pas avoir de playlist. On peut reprendre des ré-éditions, et surtout, soutenir des artistes qui sont là en ce moment, sans tenir compte des ventes ou de l'actualité. Il y a des artistes qui non pas besoin de nous. À choisir je passerai BabX plutôt que Nolwenn Leroy. C'est une politique de dénicheur.

Quelle est la rotation par titre ? :

Vincent : Un même artiste peut passer 2 fois par jour, mais pas avec le même titre. On diffuse 370 titres différents par jour, 25 000 par an, on a la plus grosse rotation en France, peut-être au monde. On ne passe jamais 2 fois le même morceau par jour !

Les quotas sont-ils une contrainte ? :

Vincent : On est complétement dedans, et pas seulement vis à vis de la chanson française, mais aussi du jazz, de la musique instrumentale, les quotas, on les explose ! Mais cela ne s'entend pas.

Les prises de risque, des découvertes ? :

Vincent : À FIP, la prise de risque c'est un atout, une politique. Exemple avec Katerine, Tété, MC Solaar, dont les premiers passages radio étaient à FIP. Nous ne sommes pas non plus une radio que de découvertes.

Un artiste peut-il se passer de passage radio ? :

Vincent : Aujourd'hui c'est devenu difficile, on le voit bien, on est beaucoup plus sollicité qu'avant. Tous passage radio est le bienvenu, pour qui que ce soit. Et le passage FIP est une reconnaissance et un label, on est beaucoup écouté par les professionnels de la musique. Par exemple, Catherine Lara sort un nouvel album sur Léo Ferré, c'est important de passer à FIP pour elle. On a pas pris la décision encore.

Retouchez vous les titres ? :

Vincent : Aucun format, il nous est arrivé de passer des morceaux de 30 minutes, pas souvent certes, aucune retouche, aucune compression. La seule chose, c'est l'utilisation de musique en fond sonore pour les animatrices, parfois un léger fade pour favoriser un enchaînement. L'idée aussi est de faire dans la programmation des passages qui se tiennent, tant sur la qualité artistique que sur la dynamique.

Le streaming ? :

Vincent : On est pas du tout dans la même catégorie. Il faut voir ce que les gens en font. Pour ma part je n'ai pas de problème avec ça, tout le monde s'est dit c'est génial, mais il faut avoir le temps, être devant un écran et aller chercher l'info. Ça, personne n'a le temps de le faire. Tu te fais une playlist, ou deux et après ? La plus-value de FIP, c'est nous, le temps qu'on passe à faire des choix, selon une charte, un son.

Si problème il y a, c'est sur la qualité d'écoute, le mp3 c'est un horreur pour l'oreille et à force de n'écouter que ça, on perd en finesse et en subtilité.

Propos recueillis par Yan Pradeau.