Voilà l'histoire : Axé Libre est un webzine de bénévoles qui depuis 12 ans maintenant, défend « une certaine image de la culture » dixit son créateur et animateur Patrick Hermann : « C’est la rencontre avec un artiste, un lieu ou une œuvre qui nous intéressent et c’est sans doute pour cela que nos articles concernant les expositions ne se bornent pas uniquement à « relayer une information », mais propose une démarche illustrative permettant d’aborder le travail ou l’œuvre d’un artiste ».
Or, il y-a de cela 3 ans, la rédaction d'Axé Libre reçoit un courrier peu amène de l'ADAGP, l'organisme responsable de la gestion collective des droits d'auteurs d'arts visuels – la SACEM des peintres pour faire court – exigeant d'eux 5 360,46 € HT pour « utilisations illégales » d'illustrations de leur répertoire, assimilant de fait toute tentative de considérer l'Art (avec un A majuscule, soyons fou) comme faisant peu ou prou part du patrimoine commun de l'Humanité (avec un H aspiré, ça fait plus d'effet), sans que cela ne contredise le débat légitime de la nécessaire rémunération des artistes.
De légitime à légal, comme de juste à justice, il n'y a qu'un petit pas que l'ADAGP franchi sans hésitation avec force courrier comminatoire et « nul n'est censé ignorer la loi » qui font mentir la première partie de la phrase d'ouverture du Discours de la Méthode de Descartes : « Le bon sens est la chose la mieux partagée au monde »*, prouvant, encore qu'il en soit désormais avéré, l'obsolescence de la notion de droit d'auteur, telle que l'envisageait Beaumarchais, son créateur, à l'ère d'internet et du numérique. Une redéfinition de son champ d'application est plus que jamais à faire, si possible sans avoir le canon sur la tempe.
Pourtant, plus que jamais « l'entertainnment business » pousse à la roue la notion de propriété intellectuelle, oxymore philosophique et langagier, pour son plus grand intérêt, qui n'est pas, loin s'en faut celui des artistes. Il est triste de voir les sociétés de gestion collective s'enchaîner à ce combat conservateur.
Un livre a deux auteurs, celui qui l'écrit et celui qui le lit ! Il serait bien que les droits du second émergent enfin.
P.S. Rebondissement de dernière minute, l'ADAGP a, in fine réussit à faire la différence entre exploitation commerciale et approche non marchande de l'Art, annulant la facture. Bonne nouvelle.
* « car nul ne s'en estime dépourvu. » Évidemment, personne ne se trouve stupide si l'on lui demande !