"Départs"
En France, paraît-il, on aime bien ranger les gens dans des petites boîtes ! "dixit" Sandrine Kiberlain à l'occasion de la sortie de son premier cd. À le dire elle n'est pas la seule, la litanie des comédiens et comédiennes qui se lancent dans la chanson et négocient la notoriété de leur patronyme en guise de talent est longue et parfois épuisante.
Mais parfois les cases, ça du du bon ! Parce que tel artiste est inconnu et que parler de voix fluide et chaude pour le décrire est un peu court, que de parler d'un style au carrefour de la pop et du folk, c'est se donner rendez-vous rue de Vaugirard, alors le recours aux souverains poncifs pour ce faire à le mérite de préciser le propos. Une forme de synesthésie en quelque sorte.
Myriam Kastner, pour la situer, m'évoque une Melissa Etheridge française, aussi rock mais moins rocailleuse. La rythmique épurée, essentielle : basse, batterie, guitare, forme le point de départ, l'amorce, le cri primal d'un bon groove qui respecte les règles. Pas de fioritures, de falbala, de tralala, la ligne droite de l'autoroute comme point de fuite fait avec l'horizon l'angle droit des morceaux carrés, un beau travail de l'ingénieur du son, des cordes arrangées avec discrétion et sans ostentation, du bon boulot.
D'autant meilleur qu'il illustre parfaitement le thème de l'album : le départ. La bande son d'un road-movie à l'hexagonale, l'odeur des wagons vides, des gares désertées, des nuits blanches et des cafés noirs. C'est un disque qui sonne comme une porte entrouverte, une fenêtre avec vue sur la mer, un vent de norois.
Francis Cabrel ne s'y est pas trompé puisqu'il a proposé à Myriam quelques unes de ses premières parties. On s'y laisse prendre, on part dans ce petit bout de voyage de 12 cm de diamètre. Ce soir, demain, ailleurs... forcément ailleurs.
Yan Pradeau