Concerts

16/06/2012 | MILLY-LA-FORÊT

Jean-Claude Barens

Jean-Claude Barens par Yan Pradeau

Rencontre avec Jean-Claude Barrens, directeur du Festi'Val de Marne  (11 mai 2011)

Origine du Festival ?

Ferrat est un peu à l'origine de la création de ce festival, en 1987, puisque après avoir rencontré les élus du département et au nom de la défense de la chanson française dont on parlait beaucoup à l'époque – Ferrat pensait que quand elle était bonne elle se défendait toute seule –, il leur dit : La parole c'est bien mais l'action c'est mieux ! Pourquoi ne pas créer une manifestation qui puisse porter cette envie et cette idée de mettre en avant une chanson francophone.

C'est donc le Conseil Général qui est le commanditaire du festival ?

C'est donc une commandite du Conseil Général, communiste depuis fort longtemps, avec qui on fait ce chemin ensemble et sous l'impulsion de Jean Ferrat, compagnon de route et grand défenseur de la chanson française. La première année à Ivry sur Seine, sous un seul chapiteau, avec un programmation d'artistes à la stature nationale et des la deuxième édition, sur quinze villes du département. Par la suite, on est arrivé à vingt-cinq villes et une trentaine de lieux. C'est clairement la volonté du Conseil Général de rendre accessible la chanson francophone en ayant une pratique tarifaire adaptée, une politique d'intervention sur le jeune public, des interventions en milieu carcéral, dans les entreprises, les JIMI...

Quelle est votre structure, vos actions, votre mode de financement ?

C'est une association, qui reçoit une subvention du Conseil Général, mais aussi de la SACEM, la Région un peu. Mais rien de la part de l'ADAMI, du CNV ou de la SPEDIDAM, ce qui est curieux, compte tenu de l'action que l'on mène sur les premières parties, ou de ce que l'on appelle « Les premiers pas », c'est à dire ce principe du Music'Hall quand un artiste vient ouvrir la soirée avec trois chansons. Mais je ne prétends pas avoir de très bon rapport avec eux, on trace notre route sans eux. À propos du partenariat privé, j'essaye de me battre sur un partenariat éthique, tout ce qui appartient à l'agroalimentaire, aux banques etc. ça ne m'intéresse pas. C'est plutôt avec le service public, du type la SNCF et la RATP, France Inter, même si le service public est drôlement en danger !

Le maître mot est la cohérence, on ne peut défendre quelque chose et faire le contraire. C'est une ligne forte. On a une politique de première partie systématique, si un artiste n'en veut pas, on ne le programme pas !

Et les entrées ?

Oui, sachant qu'on a des tarifs plus que raisonnables. 20 € pour un plein tarif, 12 € pour les réductions, 6 € pour le jeune public, 2 € pour les scolaires. Sans que cela soit gratuit ! Je suis opposé à la gratuité, musicien c'est un métier, il est donc normal de payer pour écouter de la musique. Ça n'est pas la kermesse.

On a aussi un système de coproduction avec les villes, avec le théâtre de Villejuif par exemple, l'affiche est faite en commun, le coût, la billetterie et les droits d'auteur sont divisé par deux.

Y'a-t-il un lien entre la fréquentation et la chute des ventes du CD physique ?

C'est très vrai pour les festivals d'été avec une unité de lieu, un public qui fait le déplacement expressément. Pour nous ça n'est pas le cas, c'est quelque chose d'itinérant et depuis 2009, suite à une grosse restriction budgétaire, nous n'avons plus les chapiteaux. De fait la fréquentation a chuté à ce moment. C'est donc très difficile à évaluer. Par contre, les artistes sont contraints de chercher ailleurs que dans les ressources liées à la vente des disques. On constate des montées en flèche des tarifs de spectacle de manière hallucinante, par exemple l'an dernier à la même période on programme ZAZ pour 3500 €, cette année elle est à 18 000 €. Il faut tirer sur le pis tant que le lait est chaud ! Ça je m'y refuse, je ne suis absolument pas prêt à mettre 30 000 € dans un spectacle ! C'est incohérent ! Je regrette que cela ne soit pas un peu plus dit. L'an dernier on me propose Marc Lavoine pour 45 000 € ! On va se faire beaucoup de blé avec Lavoine ! Mais je ne joue pas à ça.

Comment fonctionne la programmation, entre têtes d'affiche et découvertes ?

On essaye de plafonner les unes à 20 000 € pour permettre les autres. Je vais pas emmerder un petit groupe en duo pour passer de 1000 à 800 € ! Par contre un spectacle à 22 000, je vais négocier pour l'avoir à 18 000 €.

Des deals, des accords avec des boîtes de production ?

Aucun et j'en veux pas. La plupart des festivals sont en train de se faire phagocyter par des boîtes de prod' ou des banques qui accolent gaillardement leurs noms à celui de la manifestation, le Crédit Mutuel et le Printemps de Bourges par exemple, c'est le Top 14 Orange en rugby ! À voir aussi du côté de Live Nation qui rachète des salles à Paris, qui possède la billetterie etc. et qui contrôle toute la chaîne du spectacle.

C'est une question de principes. Je ne veux pas être à la botte des faiseurs d'opinions qui décident que tel ou tel artiste doit être mis en avant maintenant.

Dans la programmation, on ne se contente pas que du disque, c'est un starter c'est sûr, mais l'équipe sort souvent voir les artistes sur scène. Jouer trois chansons, dans une salle de trois cents places, il faut tenir le coup ! L'étalonnage se fait par le spectacle vivant.

La ligne éditoriale paye ?

Oui ! Déjà il y a un monde budgétaire. Nous sommes sur un budget de 1,3 million, Montauban, 1 million, Paroles et Musique, 1,2 million contre 4,3 millions pour le Printemps de Bourges, Les Eurockéennes, 7,4 millions ! Et même en étant sur notre petite planète, on arrive à faire notre boulot, en programmant des artistes moins exposés qui ont en commun d'avoir inscrit leur travail dans la durée. La mécanique du succès n'a pas toujours avoir avec l'évidence du talent.

Il y aussi, le non positionnement par rapport au fait de chanter en anglais ! Il existe une place pour les « chants » de bataille. Tout sonne bien quand on sait écrire. Et quand tu dis ça ! Même à des politiques, on te dit attention, c'est tout juste si on te soupçonne pas d'avoir des thèses nationalistes. Sans compter que ça n'est pas lui rendre service à l'anglais, elle est abîmée la langue anglaise !

Le problème du français, il faut que l'on ait quelque chose à dire. On devrait inventer le terme de chanson d'art et d'essai. Il y a des choses que l'on ne devrait pas appeler chanson, c'est de la musique syllabique et la qu'importe la langue, Camille fait ça très bien ! Ne profitons pas de la chanson au sens le plus noble du terme pour ringardiser le terme !

L'anglais s'impose à tous, c'est la langue du commerce – il y a pourtant un bel anglais –, dés lors on défend la chanson francophone.

Face à la concurrence ?

Notre plus proche concurrent , c'est le festival Chorus. Sans être en conflit, je ne suis déjà pas dans la même ligne politique, on est pas sur le même terrain, ni dans les mêmes logiques. On essaye d'avoir un avant et un après le festival, en développant des aides à la diffusion, pour envoyer des artistes français à l'étranger par exemple. Hélas pour des cause de restrictions on a dû supprimer des projets d'accompagnement.

Yan Pradeau