Concerts

16/06/2012 | MILLY-LA-FORÊT

Broussaï

"Perspectives"

Longtemps je n'ai pas aimé le Reggae. Adolescent, apprécier cette musique était plus affaire de posture et de tribu que de goût personnel. Puis je m'y suis mis, Bob Marley pour commencer, Dean Frazer pour terminer. Sans pour autant devenir un aficionado ou un érudit de la musique jamaïquaine, le roulement si particulier du Reggae, cette syncope qui fait tout mais qui ne peut-être tout, a finit par me raconter quelque chose.

Comme d'autre style de musique - je pense au Blues, au Dixie -, le Reggae est aussi victime de lui même et de son succès mondial. Hors ses rencontres avec le Punk, qui ont été l'occasion pour les Clash d'écrire quelques uns des plus beaux morceaux de tout les temps (London Calling par exemple), ses quelques pas de deux avec le Jazz, tant il est vrai que le Jazz a pris pour credo ce polymorphisme et cette plasticité qui le rend ouvert à tout mélange des genres, le Reggae s'est fossilisé.

Posture, look, philosophie simpliste ont conduit à la tribalisation et par là même une certaine fermeture de l'expression musicale qui fait de l'essentiel de la production discographique une musique pour fan seulement.

Hélas dans cette veine Broussaï est archétypique ! C'est bien fait et c'est fait sérieusement. Y'a pas un coup de caisse claire à côté, y'a pas une cymbale qui bave, la basse bien en place, au fond du temps, tous les ingrédients sont réunis et pourtant...

Rien n'y fait, je ne rentre pas dedans, en cause pour commencer, l'absolu sérieux avec lequel les paroles nous assomment de leurs platitudes et de leurs prétentions à faire « évoluer les esprits », je cite ! Aucun humour, aucun recul, aucun second degré, au final, ça ressemble à ce que cela veut dénoncer: Convaincre les convaincus et accepter les différences de ceux qui se ressemblent !

Pour conclure, parce que le cd est toujours sur la platine et que je sens que mon système nerveux a besoin d'air: un produit honnête, honnêtement fait, sans duplicité, sans second degré non plus qui ne concerne que les fans du genre, les vrais, les purs, les durs et c'est bien là le problème !

Yan Pradeau